Rémunérations des alternants, les changements pour 2026

L’alternance occupe aujourd’hui une place centrale dans le paysage de la formation en France. En combinant enseignement théorique et expérience pratique en entreprise, elle représente une voie privilégiée pour des milliers de jeunes qui souhaitent acquérir des compétences tout en percevant une rémunération. Au fil des années, ce dispositif a gagné en popularité, soutenu par des politiques incitatives et des aides financières destinées à encourager les employeurs à recruter.
En 2025, les alternants bénéficient d’un cadre particulièrement avantageux : Leur rémunération est calculée selon une grille officielle qui prend en compte l’âge et l’année de formation, et surtout, elle est exonérée de la plupart des cotisations sociales.
Concrètement, cela signifie que le salaire net perçu est très proche du salaire brut, ce qui constitue un atout majeur pour des jeunes souvent confrontés à des frais de logement, de transport ou de vie quotidienne.
Depuis 2026, ce modèle a évolué. Les réformes annoncées prévoient la fin de certaines exonérations et une révision des aides accordées aux entreprises. Ces changements, motivés par des impératifs budgétaires et une volonté de rapprocher le statut des alternants de celui des salariés classiques, auront des conséquences directes sur le pouvoir d’achat des jeunes et sur la stratégie de recrutement des employeurs.
Cet article propose de faire le point sur ces évolutions à venir. Après avoir rappelé l’état actuel du système, nous détaillerons les réformes prévues, leurs impacts pour les alternants et les entreprises, ainsi que les débats qu’elles suscitent. L’objectif est clair : Offrir une vision complète et accessible de ce qui pourrait changer dès 2026, afin que chacun puisse anticiper et s’adapter.
Les barèmes de rémunération
En 2025, la rémunération des alternants est fixée par une grille nationale. Celle-ci dépend de deux critères principaux : L’âge du jeune et l’année de formation dans laquelle il se trouve. Plus l’alternant avance dans son parcours, plus son salaire augmente. De même, les jeunes de plus de 21 ans perçoivent une rémunération plus élevée que ceux de 18 ou 19 ans.
Par exemple, un apprenti de 18 ans en première année touche environ 43% du SMIC, tandis qu’un apprenti de 21 ans en troisième année peut percevoir jusqu’à 78% du SMIC. Cette progression vise à reconnaître l’expérience acquise au fil du contrat et à maintenir une certaine équité entre les tranches d’âge.
Ce système est conçu pour offrir une rémunération adaptée à la situation des jeunes, tout en restant supportable pour les employeurs.

Source : ANAF – Apprentis de France
Les exonérations sociales
Un des grands avantages actuels de l’alternance réside dans les exonérations de cotisations sociales. En pratique, cela signifie que les alternants ne paient pas ou très peu de charges sur leur salaire.
Résultat : Le salaire net qu’ils perçoivent est quasiment identique au salaire brut.
Pour un jeune, cette exonération est un atout majeur. Elle permet de conserver un revenu plus élevé, ce qui facilite la gestion des dépenses quotidiennes (logement, transport, alimentation). C’est aussi un argument fort pour choisir l’alternance plutôt qu’un autre type de contrat.
Les aides aux employeurs
Afin d’encourager les entreprise à recruter des alternants, l’Etat verse une prime de recrutement. En 2025, cette aide peut atteindre plusieurs milliers d’euros par contrat signé, ce qui réduit considérablement le coût pour l’employeur.
Cette politique a permis une explosion du nombre de contrats d’alternance ces dernières années. Les entreprises, notamment les petites et moyennes structures, y trouvent un moyen de former des jeunes tout en bénéficiant d’un soutien financier.
Fin des exonérations de cotisations sociales
Les contrats signés à partir de 2026 ne bénéficieront plus des exonérations quasi totales de cotisations sociales. Concrètement, cela signifie que leur salaire net sera réduit, car une partie de leur rémunération sera désormais prélevée pour financer la sécurité sociale (santé, retraite, chômage).
Jusqu’ici, cette exonération constituait un avantage majeur : Un alternant touchait presque l’intégralité de son salaire brut. Avec la réforme, la différence entre le brut et le net deviendra plus marquée, comme pour les autres salariés. Cette évolution est justifiée par le gouvernement comme une volonté de rapprocher le statut des alternants de celui des salariés classiques, afin de renforcer l’équité.
Nouvelle grille des salaires
La grille de rémunération restera structurée autour de l’âge et de l’année d’apprentissage, mais elle sera recalculée en tenant compte des prélèvements obligatoires. Autrement dit, les pourcentages du SMIC attribués aux alternants ne changent pas, mais le montant net perçu sera plus faible.
Cette modification aura un double impact :
- Pour les jeunes : Une perte de revenu disponible, qui pourrait rendre plus difficile la gestion des dépenses quotidiennes.
- Pour les entreprises : Une complexité supplémentaire dans la communication et la gestion des attentes des alternants.

Source : ANAF – Apprentis de France
Les informations présentées dans ce tableau sont fournies à titre indicatif et proviennent de sources externes. Elles sont susceptibles d’évoluer et ne sauraient engager notre responsabilité. Nous vous invitons à vérifier les données auprès des organismes officiels avant toute décision.
Réduction des aides aux entreprises
En parallèle, les aides financières versées aux employeurs seront revues à la baisse. La prime exceptionnelle de recrutement, qui pouvait atteindre plusieurs milliers d’euros par contrat, sera réduite ou remplacée par des dispositifs plus ciblés.
L’objectif affiché est de rationaliser les dépenses publiques et de concentrer les aides sur les secteurs jugés prioritaires. Mais pour de nombreuses entreprises, notamment les petites structures, cette réduction représente une hausse du coût de l’alternance.
Impact sur le pouvoir d’achat
La première conséquence directe des réformes prévues en 2026 concerne le pouvoir d’achat des alternants. Avec la fin de cette exonération, une partie de leur rémunération sera désormais prélevée pour financer la sécurité sociale.
En pratique, cela signifie que le salaire net perçu par les alternants sera plus faible. Pour un jeune qui touche environ 1 000€ net en 2025, la perte pourrait représenter entre 80 et 100€ par mois. Ce montant, bien que modeste en apparence, est significatif pour des étudiants ou des jeunes travailleurs qui doivent assumer des frais de logement, de transport ou de nourriture.
Cette baisse de revenu disponible risque de fragiliser davantage une population déjà confrontée à des difficultés financières. Les alternants, souvent en début de carrière, n’ont pas encore accès à des salaires élevés ni à des économies solides. La moindre réduction de leur rémunération peut donc avoir un impact concret sur leur quotidien : moins de marge pour les loisirs, plus de contraintes pour boucler les fins de mois, et parfois la nécessité de recourir à des aides complémentaires.
Attractivité de l’alternance
Au-delà du pouvoir d’achat, ces réformes posent la question de l’attractivité de l’alternance. Jusqu’ici, l’un des arguments majeurs pour convaincre les jeunes de choisir cette voie était la rémunération nette avantageuse. En 2026, cet argument perdra sa force.
Certains étudiants pourraient se tourner vers d’autres options, comme des contrats courts (CDD, intérim) ou des emplois étudiants, qui offrent parfois une rémunération plus directe, même si l’expérience professionnelle est moins structurée. L’alternance risque donc de perdre une partie de son attrait, surtout auprès des jeunes qui privilégient le revenu immédiat.
Cependant, il ne faut pas oublier que l’alternance conserve des atouts importants : Elle permet d’obtenir un diplôme reconnu, d’acquérir une expérience professionnelle solide et d’augmenter ses chances d’insertion sur le marché du travail. Même avec une rémunération réduite, elle reste une voie stratégique pour préparer son avenir.
Hausse du coût de l’alternance
Pour les entreprises, la réforme 2026 se traduira par une augmentation du coût global lié à l’embauche d’un alternant. Jusqu’ici, les exonérations de cotisations sociales et les aides financières permettraient de réduire considérablement la charge. Avec la fin des exonérations et la baisse des primes, les employeurs devront assumer une part plus importante des dépenses.
Cette hausse est particulièrement sensible pour les petites structures, qui disposent de marges financières limitées. Les grandes entreprises, mieux armées pour absorber ces coûts, seront moins affectées, mais elles pourraient tout de même revoir leur stratégie de recrutement.
Risque de baisse du recrutement
Cette augmentation du coût de l’alternance risque d’avoir un effet direct sur le nombre de contrats proposés. Les entreprises, notamment les PME et les associations, pourraient réduire leurs embauches ou privilégier d’autres formes de contrats jugés moins coûteux.
Le danger est double :
- Pour les jeunes : Moins d’opportunités d’accéder à une formation en alternance, donc un risque accru de difficultés d’insertion professionnelle.
- Pour les entreprises : Une perte d’un vivier de talents formés sur mesure, qui constitue pourtant un atout stratégique à long terme.
Certaines organisations patronales ont déjà exprimés leurs inquiétudes, estimant que la réforme pourrait freiner la dynamique positive observée ces dernières années. L’alternance avait connu une forte croissance grâce aux aides massives, et un recul des recrutements serait perçu comme un retour en arrière.
Ajustements possibles
Face aux inquiétudes suscitées par la réforme de 2026, plusieurs pistes d’ajustement sont évoquées. L’une des plus fréquentes consiste à mettre en place des aides ciblées pour compenser la baisse du salaire net des alternants. Plutôt que de maintenir une exonération générale, l’Etat pourrait proposer des dispositifs liés au logement, au transport ou à la restauration.
Ces aides auraient l’avantage de répondre directement aux besoins quotidiens des jeunes, tout en limitant le coût global pour les finances publiques. Par exemple, une subvention pour les abonnements de transport ou une aide au logement étudiant pourrait atténuer la perte de revenu.
Une autre piste serait de renforcer l’accompagnement des alternants dans la gestion de leur budget. Des programmes d’éducation financière ou des partenariats avec des banques pourraient aider les jeunes à mieux anticiper leurs dépenses et à éviter les situations de précarité.
Enfin, certains acteurs suggèrent de maintenir une prime exceptionnelle pour les secteurs en tension, comme l’industrie ou la santé, afin de garantir que l’alternance reste attractive dans les domaines où la demande de main-d’œuvre est forte.
Comparaison Européenne
Pour mieux comprendre les enjeux, il est intéressant de comparer la situation française avec celle d’autres pays européens :
- Allemagne : Le système repose sur des conventions collectives : Les alternants sont rémunérés selon leur branche professionnelle, avec des salaires souvent plus élevés que ceux pratiqués en France. En revanche, les aides publiques sont moins généreuses, et le coût est davantage supporté par les entreprises.
- Espagne : Les alternants perçoivent généralement une rémunération plus faible qu’en France, mais ils bénéficient de soutiens sociaux complémentaires, notamment pour le logement et la santé.
- Royaume-Uni : Le salaire minimum des apprentis est fixé par l’Etat, mais il reste inférieur au salaire minimum classique. L’accent est mis sur l’expérience professionnelle et la perspective d’un emploi stable à la fin du contrat.






